22 Oct

Week end à Roura, la suite

Au petit matin, dans la forêt, ma tête n’est pas la seule à être embrumée : la cime des arbres disparaît dans un brouillard encore nimbé du mystère des bruits nocturnes de la forêt. Un rapide tour dans le jardin permet d’apprécier l’étrangeté du phénomène: il fait grand beau, c’est évident. Pourtant la brume est là, qui se dissipe doucement comme le soleil prend de l’ampleur.

Une fois tout le monde levé, Gilles et Amélie nous proposent d’aller nous baigner dans la comté qui serpente pas loin d’ici. Nous montons donc dans la benne du pick up, et en route pour la ballade! Tandis que nous chevauchons la piste, les trous de la route font paraître l’escapade plus comme un rodéo que comme une ballade, et je remercie intérieurement Gilles chaque fois qu’il se souvient qu’on est derrière et du coup fait des écarts pour éviter les branches basses.

la criqueLa piste cours dans la forêt et semble, au vu de son état, relativement peu usitée. Le dépaysement est total, au milieu de ces arbres immenses drapés de lianes, aux racines envahies de fleurs étranges et colorées, et oh! Un petit singe tout noir qui bondit hors de notre chemin! Les papillons se battent à grands coups de rouge, de vert, de bleu, tandis qu’à travers les arbres on aperçoit un arbre du voyageur à côté d’une piscine toute bleue…! Comment ça, une piscine toute bleue?! Au milieu de la forêt?! C’est là que les mots de Gilles nous reviennent en mémoire: « Il y a 11 kilomètres de piste, ici. On dirait pas, mais y a du monde, autour! » Bigre… De là à croiser une villa avec piscine…

Nous disions donc. Dépaysement presque total…

Nous arrivons donc au bord de la comté, il est temps de sauter dedans! Par cette chaleur la fraîcheur de l’eau est un régal! En nageant un peu on se retrouve à l’échelle permettant de monter sur les pilonnes du pont, desquels ont peu sauter comme des gamins. Que nous sommes. Nous sautons donc.

Bon je passe la chevauchée fantastique du retour de piste, étant donné qu’elle est identique à l’aller, entre la forêt primaire à gauche et les villas avec piscine à droite, pour aller directement à un épisode un peu plus… Comment dire… Intense.

En route pour la forêt

En route pour la forêt

Alors que je vous explique. Chez Gilles et Amélie, il y a 7 chiens -un grand balaise, et six petites (qui vont grandir et devenir des grandes balaises)- et un chat, qui visiblement s’entendent bien. Amélie nous propose d’aller voir la crique au fond du jardin (ici, une crique est une petite rivière), et emmène son chat pour le déposer dans le manguier pour qu’il s’y amuse. Le chat aime bien le manguier. Les chiens nous suivent, comme d’habitude, et nous arrivons à ladite crique. Charmant petit endroit où les chiens viennent joyeusement se baigner, et accèdent à la véritable forêt par un gros tronc en travers de la rivière. On prend quelques photos, on contemple la belle forêt pleine d’espace que nous offre cet endroit, puis rentrons. C’est sur le chemin du retour que ça se corse. Le petit chat, sans doute lassé de son manguier, est descendu. Les chiens, voyant une bestiole noir qui cours, se disent (ou plutôt hurlent) – Ne parlant que très mal le chien, ceci est une traduction approximative basée avant tout sur le sens de leur gestuelle- : « GIBIER, GIBIER, GIBIER, GIBIER, GIBIER ». Le petit chat, tout naturellement, se rue dans la forêt pour échapper aux monstres carnivores à ses trousses. Ma petite soeur, voyant son chat affolé partir dans la forêt, se lance à sa poursuite. Ce à quoi les chiens répondent (encore une approximation): « YOUPI, ON VA À LA CHASSE! YOUPI, ON VA À LA CHASSE! ». Rapidement, le petit chat se trouve une planque et ne bouge plus ni d’un poil, ni d’un miaulement, avec tous ces chiens complètement survoltés qui entourent ma petite soeur désespérée. Terrorisée pour son petit chat à la merci des jaguars, pumas et autres prédateurs sanguinaires de cette forêt, elle refuse d’en sortir sans son chat. Il est bien évident que les chiens sont d’accord.  Inquiète pour son petit chat, mais ayant bien compris qu’elle ne pourrait pas le récupérer avant la nuit, Amélie décide de retourner dans la maison. Les chiens, déçus, rentrent également. Marine espère bien, maintenant que les chiens sont partis, entendre le petit chat appeler à l’aide. C’est donc mon tour d’aller dans la forêt chercher le chat. Et là, ça fait bizarre.

Liane

Liane

La première choses qui marque, à cette heure de la journée, c’est qu’on passe d’une belle soirée ensoleillée à la nuit en deux secondes chrono. La deuxième, c’est que malgré les cinq mètres qui me séparent du jardin, la voix de Marine me paraît lointaine et l’agitation de la maison a fait place à un silence pesant dans lequel on entend que le sifflement étrange de ce qu’on va dire être un oiseau (ayez pitié). Le sol est un amoncellement de racines, de débris végétaux et probablement grouillant de bestioles en tout genre. autour de moi se pressent arbres et plantes dans un mur végétal dense, tandis que branches et feuillages en tout genre flottent au dessus de ma tête, porteurs potentiels de bébêtes pas très rassurantes. Quelques insectes crissent par-ci par-là, avec en toile de fond toujours ce sifflement qui revient régulièrement. Le vent fait danser les feuilles qui brisent le silence environnant tandis que j’avance prudemment dans la forêt vers le dernier lieu où le chat a été aperçu. Au bout d’un quart d’heure, on se rend à l’évidence du fait que le chat, franchement traumatisé par tant de sauvagerie, ne va pas faire un seul bruit avant de reprendre ses esprits et de rentrer, du moins on l’espère, tout seul. Malgré les cinq mètres en profondeurs et la quinzaine de mètres parcourue, j’ai tout de même du mal à retrouver le passage pour revenir dans le jardin. Je me fais agresser par une plante vicieuse au possible (elle ressemble à de jolies feuilles de palmier, sauf qu’en dessous elle est bourrée d’épines d’au moins six centimètres de long) puis ressors enfin sur le jardin. Ouf!

Pour info, vous tous qui, dans votre immense bonté d’âme, êtes morts d’inquiétude quant à l’avenir de ce petit chat perdu dans l’environnement hostile de la forêt amazonienne, sachez qu’il est revenu de lui même, sain et sauf, le soir même!

Home sweet home!

Un tronc sur la crique

Un tronc sur la crique

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