15 Déc

Les marais de Kaw – premier jour-

« Vous ne pouvez pas vous tromper, le débarcadère est tout au bout de la route! » Nous a-t-on dit à l’agence.

Mouais… Encore faudrait-il que cette route ait un bout. Cela fait maintenant un petit moment que Marine et moi filons à travers la forêt à bord de la voiture de location, et toujours aucun signe de ce mystérieux « bout de la route ». La voiture monte et descend inlassablement sur ce ruban de goudron cerné par la forêt. Et l’heure tourne. Le rendez vous au débarcadère approche à grand pas, il serait quand même triste que la pirogue parte sans nous, étant donné qu’elle est le seul moyen d’atteindre Kaw. Notre week end tomberait pour ainsi dire légèrement à l’eau… Mais non, la route ne veut pas finir. Les arbres défilent à la fenêtre, le soleil se hisse dans le ciel, et la route ne finit pas. l’heure approche. L’heure passe. L’heure est passée, et la route ne montre aucun signe de miséricorde à notre égard. Elle s’étend toujours à l’inf… Ah non, attend, je crois que…! Ah non, fausse alerte, ce n’est qu’un virage. Bref, nous sommes légèrement stressés lorsque soudainement, sans prévenir, la route se termine par un petit parking allongé d’une langue de terre s’enfonçant dans la rivière. Enfin, le débarcadère!cimetière de Kaw 2 Ou le degrad, comme on dit ici. Et non seulement la pirogue n’est pas partie sans nous, mais elle attend encore du monde! Nous sommes donc dans les temps! On oublie toujours qu’ici le temps n’a pas la même dimension qu’en métropole. Le stress retombant, nous prenons le temps de regarder aux alentours et constatons la présence curieuse dans ce cul de sac désert d’un petit cimetière envahi par la végétation.Il s’agit en fait du cimetière de Kaw, construit au dégrad par souci d’accessibilité en saison des pluies.

Puis viens ce moment toujours un peu maladroit de la rencontre avec ceux qui vont partager ces deux prochains jours avec nous. Parmi eux, un couple récemment installé en Guadeloupe, un infirmier installé aux frontières du Brésil et sa mère venu lui rendre visite et une escadrille de bretons venus rendre visite à la communauté bretonne résidente en Guyane (Les « métros », comme on nous appelle ici, sommes constitués principalement de bretons. Et la seule bière locale est à vomir. Allez comprendre!).

héron cocoï sur son moukou moukou

La pirogue étant prête à partir, nous prenons place et commençons ce week end aux marais de Kaw. La pirogue fend l’eau en vrombissant, faisant au passage s’envoler les oiseaux alentours, tandis que le guide essaye par ses explications de couvrir le bruit du moteur et du vent. Les hérons cocoïs croisent les grandes aigrettes blanches au dessus de la rivière, tandis qu’une tortue plonge de sa branche de moukou moukou. Les caïmans dérangés dans leur sieste plongent à l’approche de la pirogue, et nous arrivons au village de Kaw.

 

Le village de Kaw, accessible donc uniquement par pirogue, compte une soixantaine d’habitants. Pas de goudron ici, les rues sont en terre et n’ont jamais vu passer de voiture. Notre guide nous fait faire un petit tour dans le village, nous montrant l’église construite par un bagnard, la centrale électrique photovoltaïque en panne faute d’entretien, et la maison de la réserve de Kaw, à l’abandon et envahie par les guêpes. Pourtant la réserve des marais de Kaw est la troisième réserve naturelle nationale en terme de superficie, et sans doute la première en terme de biodiversité. Ceci dit il semble faire bon vivre dans ce petit village, d’autant qu’ils bénéficient de la wifi gratuite! En même temps quand on voit la tête de leur téléphone, on peut en comprendre le besoin!

Cabine téléphonique de Kaw

 

Nous remontons ensuite sur la pirogue et prenons la route du carbet flottant, pour prendre l’apéromoucherolle à tête blanche et le repas. Le guide s’arrête régulièrement pour nous montrer les oiseaux, essayer d’apercevoir les caïmans, ou simplement nous permettre d’admirer la vue, depuis le ras de l’eau, sur la savane inondable qui semble s’étendre à l’infini, entrecoupée ci et là de collines qui ne semblent être que d’immenses amas de verdure. Les jacana noirs volent à côté de nous, comme de gros papillons, sous l’oeil austère de la moucherolle à tête blanche, qui porte bien son surnom de « religieuse ».

Nous arrivons alors au carbet flottant sue lequel nous allons passer la nuit. Mais pour l’instant place à l’apéro! Guyane oblige, deux bouteilles de belle cabresse (du rhum) sont posées sur la table, entourant un bol de citrons vert et du sucre de canne. En effet, le savoir vivre guyanais indiquant que l’on est jamais mieux servi que par soi même, vous ne verrez jamais un restaurant digne de ce nom vous servir un ti’punch, ils vous apporteront la bouteille de rhum, le citron et le sucre et vous ferez votre mélange vous même! Bien élevés, nous entamons donc les hostilités avec ce sens aigu du devoir qui nous caractérise. C’est avec la même détermination que nous honorons le repas composé de salade de couac (semoule de manioc) et de poulet boucané.

Le carbet flottant L'ecolodge

 

 

 

 

 

L’endroit est vraiment reposant. Au milieu de la réserve, les seuls sons que l’on entend sont les bruits des animaux, entre l’immobilité du site et la douce oscillation du bateau. Le calme semble ici prendre matière et nous berce, sans doute aidé par les brumes du rhum et du vin rouge qui se dissipent tranquillement au rythme des nuages qui glissent paresseusement, allongés dans les marais.

Mais même si pouvoir apprécier de ne rien faire fait partie de ces petits moments de grâce que nous donne la vie, il faut quand même se remettre en route et voir un peu ce que ces marais peuvent bien nous réserver! Nous repartons donc sur la pirogue, cette fois-ci en direction de la forêt, pour voir la faune plus spécifique des criques forestières.

L'arbre au bord de l'eauLe long de cette petite rivière vivent une quantité assez faramineuse d’oiseaux de toutes sorte. Parmi eux on retrouve le cassique cul jaune, qui semble très grégaire, puisque leurs nids sont regroupés par dizaines dans le même arbre. Nids assez particuliers d’ailleurs puisqu’ils ressemblent vaguement à des chaussettes pendant au bout de leurs branches…

deux cassiques se cachent dans cet arbre. Saurez vous les retrouver?

deux cassiques se cachent dans cet arbre. Saurez vous les retrouver?

HLM de cassiques

 

 

 

 

 

On croisera aussi au bord de l’eau l’étonnant colibri, tout petit oiseau multicolor en vol stationnaire devant ses flutes à nectar que constituent les fleurs de la forêt. Moins grâcieux mais ô combien plus drôle, le cormorans viguas qui s’affole et sprint sur l’eau avant de réussir à s’envoler devant la pirogue, ou encore le Hoazin, grosse poule préhistorique aux caractéristiques aussi consternantes qu’étonnantes, le tout ponctué de légers morphos, immenses papillons au bleu électrique qui semblent ne jamais vouloir se poser nul part. Une petite tortue par là, un oeil de caïman par ci et il est temps de rentrer au carbet pour regarder le soir tomber sur les marais…

Cormoran vigua qui court

 

 

 

 

 

 

 

 

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