4 Août

Les Galapagos – San Cristobal

L’atmosphère est légèrement étouffante, avec la poussière des travaux, et le son de la scie circulaire n’est pas le plus doux à l’oreille pour s’endormir sur le banc de l’aéroport. Comment?! Ils dorment sur les bancs de l’aéroport?! Ben oui… C’est que l’on a claqué une somme considérable pour prendre nos billets pour les Galapagos, et psychologiquement, une nuit gratuite, ça fait du bien… On est arrivés à Guyaquil plein d’espoir, soit d’un bateau cargo ou touristique qui nous prendrait à pas cher pour nous emmener sur les îles merveilleuses, ou bien d’un avion militaire décollant à moindre frais pour le paradis, ou enfin en dernier recours le billet d’avion de dernière minute bradé par une agence pleine de sourires et de bon sentiments! Hélas rien de tout ça. Les bateaux touristiques partent de Salinas, et non de Guayaquil. Les quelques bateaux cargos qui pourraient peut être nous jeter à l’eau à quelques kilomètres des Galapagos ne partent que d’un port ou même les citadins du coin n’osent s’aventurer. Les avions militaires? Ils partent de Quito, bien évidemment, et la rumeur court qu’ils ne font plus le trajet… Enfin, comme nous l’a expliqué la jeune dame de LAN équateur, la compagnie d’avion, les billets de dernière minute moins cher n’existent pas en Equateur. Ici, les billets de dernière minutes sont très chers. très très chers. Nous dormons donc dans l’aéroport la veille de notre départ. Enfin essayons de dormir, car sitôt les travaux stoppés une grande famille bruyante vient s’assoir près de nous (sur les pieds de Mélany) et nous regardent en rigolant grassement. De toutes les places de l’aéroport, on a choisi les plus lointaines, et les plus exposées aux travaux. Pourtant ils sont là, tous, et nous regardent d’un air goguenard. Nous nous vautrons donc avec encore plus d’assurance et renchérissons dans le sans-gêne. Non mais oh.

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L’avion a décollé depuis un moment maintenant quand les nuages en dessous se décident à se dissiper et laissent transparaître un bleu profond et lourd de sens. Le voilà, cet autre bout du monde qu’est le Pacifique! Cet autre côté du globe que l’on montre du doigt sur la carte en rêvant vaguement de le voir un jour! Nous sommes au dessus de l’océan Pacifique…

Las tijeretas - puerto del Malecon-3

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L’arrivée sur San Cristobal n’est pas des plus flamboyante, avec son lot de douane, de surveillances, de vérifications. L’aspect moutons à la queueleuleu est ici exacerbée, mais ce n’est pour une fois pas pour faire la chasse au terroriste, mais à la… graine! En effet, ce qui est vérifié ici est l’absence de tout fruit, échantillon de terre ou autre substance pouvant potentiellement coloniser cette île et perturber son fragile équilibre! C’est donc de bon coeur que l’on se laisse fouiller. A la sortie de l’Aéroport, nous sommes directement abordés par un bonhomme du coin qui veut nous attirer dans sa gargotte. Pour avoir une idée on l’écoute, et c’est vrai que ce qu’il nous propose paraît très intéressant : une chambre avec salle de bain privée, wi-fi, cuisine, et le tout pour 10 dollars par personne. On regarde quand même quelques hôtels alentours avant de nous rendre à l’évidence : c’est le moins cher que l’on puisse trouver, et en plus pour une fois le moins cher n’est pas synonyme d’insalubre et moche! L’endroit est très propre, bien tenu par Efren et sa femme. En plus de ça, à peine installés il nous donne une carte de l’île en nous indiquant dessus ce qui est faisable à pieds, ce qui vaut le plus le coup, et nous propose de nous organiser une sortie à Leon Dormido, qui est d’après lui «le meilleur de ce que les Galapagos peuvent offrir». Ayant déjà entendu parler du site, nous acceptons la proposition et fonçons profiter de notre après midi à la playa mann, à deux pas de l’auberge.

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Playa Mann

«BROOOAAAR!»

Lion de mer - playa mannC’est à peu près le son que produit le lion de mer à l’attention du groupe de touristes allongé là, avant de se vautrer à la place qu’ils ont laissé vacante dans leur fuite effrénée. C’est que la playa mann est plus fréquentée par les otaries que par les touristes! Sur le sable, sur les rochers, à l’ombre des arbres, ils sont sur tous les bons spots de la plage. Certains sont littéralement aux pieds des touristes, et les petits nagent avec nous quand nous allons dans l’eau! Alors ce qu’il faut clarifier tout de suite, c’est que les lions de mer sont des otaries. Au début nous étions complètement paumés par rapport à ça : ici, toutes les otaries sont appelées abusivement «lobbos marinos», alors qu’en fait le lion de mer est une espèce particulière d’otarie avec un pelage particulièrement épais, qui fait penser à une crinière. Lion de mer ou pas, ils sont de toute manière magnifiques, plus proche dans leur comportement du chien que du lion. Avec le soir arrivent les pélicans qui se posent dans l’eau près de nous, leur long bec rutilant sous le soleil rougeoyant de la fin de ce premier jours au paradis.

playa mann - Coucher de soleil-2

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Las Tijeretas

Las tijeretas-4

Pour notre première matinée sur l’île, nous décidons de nous rendre au centre d’interprétation de la ville. Très sympa, le musée parle de la conservation de l’île, de son histoire également. A partir de là courent plusieurs sentiers, qui serpentent dans cette végétation aride qui tente tant bien que mal de survivre sur la roche volcanique. Le sentier nous mène jusqu’à «Las tijeretas», baie nommée après les frégates, surnommées «tijeretas» en référence aux plumes de leur queue qui se croisent comme des ciseaux (tijeras). Du haut de la falaise nous découvrons un lagon d’un bleu fabuleux dans lequel batifolent des lions de mer. Une fois la crème étalée (nous sommes des rustres, donc nous utilisons de la crème solaire, reconnue délétère pour l’environnement, et surtout pour le corail. A l’avenir nous mettrons des t-shirts) et les masques et tubas en place, nous Las tijeretas - Guillaumenous jetons à l’eau. Dans cette baie de roche, il n’y a que très peu de sable pour venir troubler l’eau turquoise, et à peine la tête sous l’eau ce sont des dizaines de poissons colorés qui s’offrent au regard! Les fonds sont magnifiques, la vie cachée là dessous aussi. Pour la première fois nous allons nager avec une gracieuse tortue. Nous la suivons longtemps, rien ne semblant pouvoir nous détourner de son lent vol sous marin. Superbe, elle ne semble pas dérangée par notre présence et nage paresseusement dans l’eau cristalline avant de partir au large. Mais ce n’est pas grave, les lions de mer viennent prendre le relais et assurent le spectacle de leur nage étonnante. Un coup de nageoire, et ils se propulsent comme une torpille en tourbillonnant autour de nous. Ils vont et viennent, furtifs, rapides, tellement plus à l’aise dans l’eau que nous autres, patauds. (D’un autre côté sur la terre ferme, ce sont eux qui deviennent ridicules!). Là encore, leur absence n’a pas le temps de laisser de regrets que déjà un banc de poissons multicolores fais son apparition! Hors de l’eau les pélicans et les frégates sillonnent les airs en guettant le poisson. Les fous à pattes bleues percent l’eau d’un léger «ploc» avant d’en ressortir d’un bond, le poisson au bec. Les pélicans, eux foncent sur l’eau et font une sorte de volte à sa surface pour attraper le poisson, sans jamais aller sous l’eau. Enfin, la frégate, dont le plumage n’est pas imperméable, rasent la surface de l’eau et piochent leur nourriture d’un coup de bec. Parfois ils volent les poissons pêchés par les autres oiseaux, d’où leur nom de frégate (petit bateau pirate).

Las Tijeretas - Pélican-2

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Puerto Baquerizo Moreno

Las tijeretas - puerto del MaleconAprès manger nous sommes attirés par un bar plein d’ambiance, avec un écran géant qui diffuse le match France-Equateur, pouvant potentiellement permettre la qualification de l’Equateur pour la coupe du monde. Nous entrons donc, en bon Français, pour faire la tâche bleue blanc rouge sur le parterre jaune bleu et rouge de l’Equateur. Sauf qu’en fait ici l’Equateur a plus les couleurs rouges et blanches des Etats Unis! Il n’y a ici pratiquement que des américains, qui tous supportent l’Equateur, et qui en plus ne connaissent même pas ce sport (ce sont quand même les seuls à l’appeler «soccer»)… L’ambiance est à son comble ici, et chaque fois que le ballon se rapproche de l’un ou l’autre but le temps semble s’arrêter… Et reprendre de plus belle dans de grands cris une fois l’action passée! Le match est long, ce sera une égalité 0-0 qui dépitera tout le monde : aussi bien les equatoriens, éliminés, que les français, qualifiés. Pendant quelques jours les equatoriens ne seront pas franchement ravis d’apprendre notre nationalité!

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San Cristobal - lion de mer-2Le bord de mer est ici tout aussi étonnant que la mer elle même : les lions de mer sont partout. Vous voulez vous détendre sur un banc public? Il est déjà pris par une otarie. Vous voulez regarder vos enfants glisser joyeusement dans le toboggan aquatique? Il est déjà pris par une otarie. Vous voulez traverser ce charmant ponton en bois? Un lion de mer dors au milieu. Sur les trottoirs, dans les rues, sur les rochers, les bancs, les chemins, ils sont partout on vous dit! L’eau turquoise du port laisse en outre apercevoir régulièrement des tortues, des raies, et ces lions de mers qui jouent et tourbillonnent.

Cette île a pour de vrai des allures de paradis, d’autant qu’elle n’est pas si chère une fois qu’on y est. Quiconque aime la nature tombe instantanément raide dingue de cette île, c’est obligé!

Malecon - Lion de mer-5

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La lobberia

Lobberia - paysage-8Après une plutôt longue marche, nous arrivons en vue de la lobberia, une plage réputée belle, pleine de lions de mers et de vagues à surfer! Le soir tombe tandis que nous approchons, et l’ocre du ciel tranche merveilleusement avec le bleu glacial du bord de mer. Les vagues au loin sont magnifique, avec la lumière qui traverse cet incroyable bleu que je n’avais encore jamais vu avant. Parfois, par transparence, on distingue la silhouette joueuse d’un lion de mer qui fuse dans la vague levée. Ils sont encore une fois partout : sur la plage, dans les rochers, dans l’eau… Ils semblent être encore plus adepte de la bronzette et du farniente que nous! Paul et moi enfilons vite nos masques et nos tubas et nous ruons à l’eau, où les roches volcaniques nous apprennent l’humilité en nous forçant à ralentir le pas sous peine d’y perdre un pied. Les lions de mer semblent franchement rigoler de nous voir, en constant déséquilibre sur les pierres tranchantes, avancer à petits pas et grands moulinets de bras. Pour autant, n’ayant ni leur cuir, ni leur pelage, nous ne tentons pas leur méthode consistant à glisser joyeusement Lobberia - les equilibristes-2sur le ventre au milieu des rochers. Une fois enfin dans l’eau, aucun de nous ne regrette les efforts fournis : Dans cette baie secouée par les vagues, il semble que l’énergie de la mer et la nourriture qu’elle amène ai dopée la vie! Les poissons sont partout, entre les pierres, des raies nagent au fond de l’eau, sur le sable, on aperçoit des poissons que nous n’avions pas encore vu, comme ce petit poisson blanc noir et jaune, avec un filament blanc très long flottant derrière sa nageoire dorsale! Il y a aussi celui que nous nommeront le poisson clou, tout long et effilé (à côté duquel il ne fait pas bon faire la planche lorsqu’un requin marteau traine dans les parages). Les étoiles de mer sont magnifiques, de toutes les couleurs et de toutes les formes. Mais une fois le soleil parti, même le paradis prend des airs de frigidaire. Nous sortons donc et rentrons à la pension.

Lobberia - Marine-2

Leon Dormido

Leon Dormido-3Au milieu de l’océan, deux énormes pythons rocheux de 140 mètres de haut surgissent de l’eau. Entre les deux, 30 mètres de fond, et autour une bonne centaine. Au moins. Il s’agit de Leon Dormido, notre sortie organisée par Efren, et apparemment le meilleur des Galapagos. N’étant pas plongeurs (sauf Marine), nous avons pris la formule snorkeling. Le bateau s’arrête près de l’imposant bloc de pierre qui nous toise de toute sa hauteur. La mer est belle, peu agitée, et nous nous jetons à l’eau.

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Pour moi qui n’avait jamais vu ce que le monde sous marin pouvait offrir, il est difficile de trouver des mots pour décrire Leon Dormido. La pierre nue qui nous toisaient à la surface continue de foncer vers l’abysse, mais couverte de végétations, d’étoiles de mers, d’anémones. Tout autour gravitent un nombre invraisemblable de poissons de toutes les couleurs, il y a des tortues, encore des bancs de poissons! Juste avec notre masque et notre tuba, on peut plonger au milieu des poissons, nager avec les tortues, longer la guillaumeparoi magnifique en pourchassant ces poissons merveilleux noir, bleu brillant, jaune et blanc. Notre guide nous emmène tranquillement, on prend tout notre temps. On se retrouve entre les deux roches, et là, merveille, au détour d’une plongée, le fond se dévoile d’un coup 30 mètres plus bas, parcouru par deux requins des galapagos. L’endroit est gigantesque et majestueux. La roche fonce vers le fond sablonneux que sillonnent encore d’autres requins. Leur nage lente et mesurée fait penser à la démarche du félin après la chasse, majestueux mais toujours inquiétant. Dans les anfractuosités de la roche vivent nombres d’animaux, et l’on peut parfois suivre des requins à presque pouvoir les toucher! Le long de la roche sont aussi entassés des bancs de poissons extrêmement compacts, et quel plaisir que de fendre ces bancs de poissons jusqu’à y être engloutis! Ils s’écartent tous devant moi sans que je puisse en toucher un, puis se referment derrière moi pour redonner au banc sa forme originale.

tortue

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Lion de merNous mangeons sur le bateau qui nous emmène au deuxième lieu de snorkeling, une plage près de la Isla Lobbo, l’île aux lions de mer. Pas de lions de mers ici, pourtant, mais quelques iguanes sur la plage, des raies au fond de l’eau et… Des tortues. Par dizaines. Plusieurs fois nous nageons entourés de deux tortues, magnifiques, majestueuses. Les petites tortues, les jeunes, n’ayant jamais connues la pêche ou la chasse, n’ont aucune peur de nous et nous nageons avec elles pendant ce qui semble être des heures, près au point de pouvoir les toucher, suivant leur lent ballet sous marin. Les plus grosses quant à elles sont beaucoup plus peureuses et s’enfuient rapidement. Deux coups de nageoire suffisent à nous distancer!

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C’est à reculons que nous remontons sur le bateau, tant cette journée à été incroyable. Refusant l’arrêt brusque et inadmissible de cette expérience, nous retournons nager à las tijeretas avec les tortues et les lions de mers jusqu’à ce que le soleil, ayant étiré cette journée au maximum, ne parte finalement se coucher.

Guilaume

coucher de soleil

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