17 Août

Los Ilinizas

Los Ilinizas - Début du sentierNous voici au parking duquel part le sentier pour le refuge de los Ilinizas. D’après le gros panneau de bienvenue devant nous, nous sommes à 3950 mètres d’altitude, ce qui est déjà plutôt haut, et nous allons monter jusqu’au refuge, à 4750 mètres. Où nous allons planter la tente. Nous nous lançons donc, plein d’entrain, à l’assaut de la montagne. Le chemin, large et confortable, serpente le long de la montagne, sur fond de Cotopaxi brillant dans le ciel bleu au loin, puis disparait d’un coup, laissant place à une bonne centaine de sentiers de pâturages qui ne mènent nulle part. On cherche le chemin (soit disant extrêmement bien balisé, selon le garde du parc), on cherche, sans rien trouver, et le temps passe. On commence à se dire qu’il Los Ilinizas - Cotopaxiest trop tard, que l’on va devoir redescendre au parking et camper là et remonter demain… On se donne une demi heure avant de redescendre, on grimpe un peu plus haut pour voir plus loin, et là : le chemin est un peu plus haut, large, qui serpente à flanc de montagne avant de s’élancer sur une crête abrupte jusqu’au refuge entre les deux pics. Il nous reste peu de temps pour monter, mais on se dit que c’est possible. Aussi, sacs au dos, Cotopaxi derrière et les ilinizas devant, on serre les dents et c’est parti! La montée est rude, surtout à plus de 4000 mètres d’altitude, et nous n’allons pas très vite. Le soleil descend dans le ciel, nimbant les nuages d’orange et d’or. Devant nous, au sud, se dresse l’Iliniza sud, illuminé d’or et couronné de nuages. A l’ouest, cachant le soleil, la silhouette sombre et massive de l’Iliniza nord. Derrière nous s’étend la vallée, déjà loin et dans l’ombre, tandis que la mer de nuages au nord ouest brille de mille feux sous nos pieds. Enfin, à l’est, les nuages rougeoyants réverbèrent la lumière du Los Ilinizas - mer de nuages-4couchant sur les plaines en contrebas, rehaussant leur vert d’un rouge chaud surnaturel. Ce spectacle serait vraiment merveilleux s’il n’était pas annonciateur d’un gros problème : nous allons finir la marche dans la nuit, et à cette altitude cela peut se révéler dangereux. Sitôt le soleil couché, la température s’effondre en effet, et il devient primordial de rester actif et de ne pas s’arrêter. Mais le poids des sacs et la raideur de la montée, à cette altitude, rendent difficile une activité si soutenue sans pauses. Le vent nous fouette sans relâche, Adrien dit sentir ses doigts devenir de plus Los Ilinizas - refuge et luneen plus douloureux, tandis que Marine montre clairement des signes d’épuisement. Il fait maintenant nuit noire, et nous n’avons que deux lampes frontales pour trois, qui n’éclairent de surcroît pas très bien. Il faut prendre une décision. Est ce qu’on continue, ou bien est ce qu’on redescend dans la plaine pour camper plus à l’abri du vent, et à moins haute altitude? Alors qu’on se pose la question, une silhouette apparaît sur la crête, deux yeux, qui nous regardent, puis s’approchent. C’est un renard! Il s’approche de nous, dans la nuit, peut être à deux mètres de nous, sans craintes ni agressivité. C’est très étrange! Un moment suspendu dans les airs, où il nous regarde et nous le regardons, puis il disparaît dans la nuit. Allez, on peut donc survivre ici! On continue donc, et peut être deux minutes après le chemin bifurque pour se mettre à l’abri de la crête, et cesse de monter. Le vent ne souffle plus ici, ça sent bon le refuge pas loin, ou au pire un bon endroit pour planter la tente! Au détour d’un virage, alors que l’on ne l’attendait plus, une vitre éclairée de l’intérieur par deux bougies se découpe dans la nuit : nous sommes au refuge! Enfin! Nous sommes accueillis par Freddy, notre hôte, et par Etienne et Sophie, un couple québécois en vacances. Nous buvons avec plaisir un verre d’eau bien chaude et nous nous cuisinons des pâtes et des saucisses (simple, mais après la journée d’aujourd’hui, efficace!). La tente est plantée, nous nous faisons des bouillottes maison avec une bouteille remplie d’eau brulante, et au dodo!

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Le ciel ici est incroyable. La voie lactée déplie paresseusement ses bras dans un ciel illuminé de millions d’étoiles. Pas un nuage, pas de lune.  La pureté du ciel vient appuyer le froid de l’air, tandis que la tente se couvre peu à peu de givre sous les étoiles filantes.

Los Ilinizas -Iliniza norte sous les étoiles

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Los Ilinizas -Iliniza norte-4Après une longue nuit sans dormir (ou presque), le soleil se lève sur le refuge. Ce matin nous avons prévu, pour parfaire notre acclimatation, de grimper le sommet nord, à 5125 mètres. Le temps est magnifique, peu de nuage et une vue incroyable sur l’allée des volcans. Le Cayembé au loin, l’Antisana puis le Cotopaxi. Du haut de l’Iliniza, nous pourrons même apercevoir le Chimborazo, grand maître de l’Equateur, du haut de ses 6310 mètres. L’ascension du sommet n’est pas difficile en soit, c’est plutôt trouver le chemin qui pose problème. Heureusement, une allemande monte avec un guide, que nous suivons donc. Le «chemin» grimpe entre roche et glace sculptée par le vent jusqu’à la crête qu’il longe. Le versant sud, exposé au vent et moins au soleil, est glacial (et d’ailleurs couvert de glace), tandis que le versant nord, à l’abri du vent Los Ilinizas - Adrien et l'Iliniza norte-2et exposé au soleil, est très agréable. La dernière partie relève plus de l’escalade, mais sans difficultés aucune, et nous voilà à 5125 mètres! Facile! La vue est époustouflante de là haut, lorsque les nuages passent. Avec le vent, en quelques secondes on passe du milieu d’un nuage opaque à un temps clair. Tous les plus hauts volcans du pays se dévoilent à nos yeux, tandis que les plaines à nos pieds paraissent vues d’un avion. Mais sans le hublot sale, on peut en profiter tant qu’on veut! La descente se fait rapidement, sur un sentier devenu boueux à cause de la fonte de la glace au soleil. La suite de la journée se passe tranquillement, avec la venue régulière du renard, qui est en fait un loup des andes, et nourrit par Freddy (d’où l’absence de craintes face à l’homme).

Los Ilinizas - lobbo

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Los Ilinizas -gelée matinale-4Il est cinq heures du matin, le ciel se dégage, laissant la place à la voie lactée et sa cohorte d’étoiles. Toute la montagne est couverte de givre, à commencer par notre tente. Les brins d’herbes les plus exposés au vent présentent un centimètre entier de glace sculpté par le vent!  Rien ne bouge si ce n’est le vent, et je sors m’aventurer dans cette fin de nuit pour voir le soleil se lever sur une mer de nuages laiteux et moutonneux. Tandis que le ciel rosit, les étoiles disparaissent une à une, ne laissant au dessus de cet océan de nuage que moi, le Cotopaxi et le Cayembe. Le vent souffle dur, cela fait une bonne heure que j’attends le soleil qui ne vient pas, je me dis qu’avec les nuages je n’aurais pas mon levé de soleil. Je me retourne, et en même temps que je vois d’un coup l’Iliniza nord s’illuminer, je sens une douce chaleur traverser mon pull : le voilà! Le soleil vient de passer par dessus les nuages, et éclaire toute la montagne de ses chaleureux rayons.

Los Ilinizas - Cotopaxi-16

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Los Ilinizas - glacier Iliniza sur-3Depuis l’iliniza nord, on peut apercevoir entre les deux sommets une lagune. Ce matin je décide de m’y rendre, pour voir ça de plus près. Sur le chemin apparait l’autre côté de l’Iliniza sud, à savoir son glacier! Je crois que c’est la première fois que je vois un glacier comme ça, il est magnifique! D’un blanc immaculé, on peut voir d’ici d’immenses stalactites de glace pendre au dessus de grandes crevasses. La blancheur du glacier contraste étonnamment avec le vert émeraude intense de la lagune. Je ne sais pas ce qui donne cette couleur à la lagune, mais je n’avais jamais vu une telle couleur à un lac! Après manger, nous redescendons le chemin vers le parking, en nous demandant où nous avons bien pu nous tromper. Une fois au parking, il apparaît qu’on s’était trompé dès le début : au niveau du parking, il y a un chemin avec un grand panneau de bienvenu, le nom de la montagne et le refuge. C’est le chemin qu’on a pris. C’est le mauvais. A quelques mètres de là, derrière un remblais, se trouve un autre chemin, avec un panneau disant «faites attention à la nature». C’est celui là. Ce n’est pas évident, je pense que nous ne sommes pas les seuls à nous être plantés avec des indications pareilles! Toujours est-il que pour le bien de nos successeurs, et pour aussi marquer notre désapprobation, nous avons pris le banc et gravé dessus la direction à prendre avant de le placer de manière à ce que plus personne ne puisse se tromper. En espérant qu’il y reste!

Los Ilinizas - lagune et glacier

C'est par là!

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