9 Nov

Le glacier Pastoruri

Pastoruri glacier - sommets-2

Le lendemain de la balade à la laguna 69, nous partons, encore avec l’aide de Marco, pour le glacier Pastoruri. Le matin, avant le départ, Marco nous apprends que nous partirons pour le Huayhuash avec un groupe de 15 personnes, tous Israéliens sauf nous. Il nous demande si ça nous dérange, l’air contrit, et nous répondons bien sur : « bien sur, il n’y a pas de problèmes! », un peu étonné de son air tendu. Rassuré, il nous laisse, et nous embarquons dans le bus pour notre sortie. Et dans ce bus, nous sommes avec… 15 israéliens… Et on commence doucement à comprendre la question de Marco et toutes les rumeurs que nous avions entendus jusque là : le bus est une cours de récréation! Notre pauvre guide essaye de nous expliquer ce que nous allons visiter, mais à un mètre de lui une nana et un mec jouent à « attrape mon pouce » au milieu du couloir, et quand il leur fait remarquer qu’il parle, la fille lui tend la main et lui propose de jouer avec lui…

Pastoruri glacier - glacier Pastoruri-15

Pastoruri glacier - sommets-4Bref notre guide donc nous raconte un peu l’histoire de ce glacier : le glacier pastoruri était un des hauts lieu des compétitions de ski et d’escalade sur glace au Pérou, mais la fonte des glaces l’a projeté directement comme lieu menacé d’extinction et il est maintenant interdit de toucher le glacier. Il a perdu en 15 ans deux cents mètres de hauteur et plusieurs kilomètres de large! Divers projets ont été mis en oeuvre pour essayer de le préserver, tous en vain : ils ont essayé de peindre le glacier en blanc (!!!) pour rejeter une partie de l’énergie solaire, ils l’ont recouvert de ichus (plante des hauteurs, c’est un peu comme de la paille) pour faire en sorte que la neige qui tombe y reste piégée et ainsi accroisse sa masse, mais rien n’y a fait. Inexorablement, le glacier diminue chaque année, et sa disparition est prévue pour dans 5 ou 6 ans seulement… Nous allons donc voir un glacier que nous ne verrons plus jamais de notre vie, et que nos enfants ne pourront jamais voir… Nous sommes bien sur au courant du changement climatique, mais en voir ainsi une conséquence aussi directe et aussi concrète donne tout de même à réfléchir.

Pastoruri glacier - lagune bleue

Pastoruri glacier - lagune orangeMais tout d’abord, nous allons voir les lagunes de couleur. Il est censé y avoir sept couleurs, mais nous n’en verrons que trois : une orange, une bleue et une vaguement jaune. Ce qui étonne dans la lagune bleue n’est pas tellement sa couleur (bien qu’elle soit impressionnante) mais sa profondeur et sa clarté : au milieu de ce qui ressemble à un marécage, cette lagune est pleinement transparente et semble faire un puis sans fond. Après ces lagunes, nous fonçons voir la Puya Raimondi, qui est la fleur la plus grande du règne végétal. Enfin non, ses fleurs sont toutes petites, mais son inflorescence peut atteindre 12 mètres! D’une sorte de buisson sort une immense tige, comme un tronc, recouverte de fleurs blanches (des millions!), et une fois fleurie, la plante meurt et se dessèche, Pastoruri glacier - piura raymondie-2puis tombe. Nous ne verrons la plante que sèche, voir sa floraison relève du miracle, car elle ne fleurit qu’une fois avant sa mort, après… 100 ans de vie! La fleur est elle aussi en voie d’extinction, d’abord à cause des fermiers, qui dans le temps avaient pris l’habitude de les bruler toutes, car leurs épines s’incrustaient dans le bétail, donnaient des infections et les bêtes mourraient. Mais une fois la réserve naturelle créée, dans les années 70, les Puya Raimondi ainsi protégées ne se sont pas réépanouies pour autant : le changement climatique a pris le relai… Ayant besoin d’un environnement très particulier (on ne trouve ces plantes qu’au dessus de 3200 mètres d’altitude), le moindre changement affecte leur développement.

Pastoruri glacier - les filles et Adrien-2Nous arrivons enfin au glacier proprement dit. Après un court chemin qui nous monte aux alentours de 5000 mètres, nous pouvons voir le pied du glacier. Et nous avons un autre aperçu du comportement de nos chers compagnons de route. Un premier groupe passe la petite barrière pour aller toucher le glacier. L’argument de la protection étant inopérant, je leur fais remarquer qu’il est 13 heures, qu’on peut voir la fonte du glacier dans la petite rivière qui sort d’une petite grotte, et que c’est donc le meilleur moment de la journée si l’on veut se recevoir quelques tonnes de glace sur la tronche. Rien n’y fait, ils y vont quand même, jouent au pied de la grotte (sans doute l’endroit le plus dangereux), et arrachent en rigolant des stalactites grosses comme leur bras. Nous sommes furieux face à tant d’irresponsabilité et d’inconscience. Nous faisons face à une bande de gamins de 30 ans! Enfin nous profitons quand même du site et faisons le tour. Il y a à côté du glacier un magnifique lac gelé! Oh non c’est pas vrai : une partie du groupe qui nous accompagne marche joyeusement sur le lac gelé, alors qu’à 5 mètres d’eux ce n’est déjà plus de la glace mais de l’eau bien froide et bien liquide. Le lieux est véritablement à couper le souffle, et la menace de son extinction nous rend d’autant plus révérencieux et rend encore plus dure à supporter l’attitude des autres. Quand nous rentrons à l’hôtel, nous demandons à Marco si c’est le groupe censé nous accompagner le lendemain pour les 8 jours du Huayhuash, ce à quoi il répond par l’affirmative… Oh mon dieu, on a déjà payé!

Pastoruri glacier - glace

 

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