3 Déc

Le trek du Huayhuash

septième jour - montagnes-4

Le trek du Huayhuash… Huit jours hors du temps, hors de tout, durant lesquelles plus rien n’a d’importance si ce n’est l’heure du lever, du repas, et de garder les yeux bien ouverts! Je ne vais pas tout vous raconter en détail, ce serait trop long et surtout répétitif. Je vais me contenter de mettre les principaux éléments qui ont fait de notre trek le séjour inoubliable qu’il a été, en commençant par le début :

deuxième jour - groupe-2

Nous sommes sept touristes dans le combi qui nous emmène au début du trek du Huayhuash, avec Angel, notre guide, et nous faisons rapidement connaissance : Maria et Golsum (je n’ai absolument aucune idée de comment peut bien s’écrire un nom pareil), russes, Iddo et Sheeran, israéliens, et Alex, psychopathe israélo-ukrainien. Nous comprenons rapidement que nous ne sommes en fait au courant de rien quant à ce qui nous attend : nous ne savions pas que le premier jour se passait entièrement dans le bus, nous ne savions pas le montant que nous devrions verser aux différentes communautés traversées durant le parcours, et nous passons d’emblée pour les deux relous idiots du groupe. En bon français, nous assumons pleinement notre mécontentement et caressons tristement notre orgueil blessé.

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«hé toi! Viens là!»

premier jour - maison-2Une petite vieille en habits traditionnels me fait signe tandis que je me balade au dessus du camp. Je m’approche prudemment, prenant bien garde à ne pas tourner le dos aux trois chiens qui m’aboient dessus, jusqu’à ce qu’elle les chasses à coup de pierre. Elle a besoin de moi : ses moutons ont encore cassé le mur de leur enclos et il faut le refaire. Je l’aide donc, lui passant les pierres qu’elle me demande et les mettant où elle veut, étant donné qu’elle refuse de me laisser faire moi même. Je dois dire que si j’étais un mouton, il n’y aurait plus un mur debout dans ce petit bout de plaine : il semble que les pierres ne tiennent en équilibre les unes sur les autres que par la force de la peur que leur inspire la terrible Valéria. Valéria vit seule ici, à plus de 4200 mètres d’altitude, et n’a aucune famille pour l’aider. Les seules personnes qu’elles voit sont les touristes, qu’elle ne voit que comme un flot incessant ne servant qu’à lui rendre service quand elle en a besoin. On la reverra en effet passer dans le camp, demandant à tout le monde si quelqu’un aurait par hasard vu passer «cette pourriture de mouton de merde». Je pense que même la solitude à peur de ce morceau de femme.

premier jour - campement-2

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quatrième jours - campementC’est dans la tente principale que se passe l’essentiel de la vie en communauté : à la lumière d’une ou deux bougies précairement attachées au poteau central, nous mangeons les repas préparés par Angel, notre guide, et notre Ariero (c’est celui qui nous suit avec les mules et qui prépare le camp avant qu’on arrive). Les repas prennent rapidement des allures de négoce, entre ceux qui ne veulent pas de soupe, moi qui veut toujours plus de soupe, ceux qui ne veulent pas de viande, ni de pâtes, ni de riz, où bien les petits appétits, et Adrien Iddo et moi qui engloutissons tout ce qui nous passe sous la main avant même d’avoir réalisé qu’on l’avait dans l’assiette. C’est qu’il suffit d’attendre une minute pour que le plat soit froid! C’est aussi à cause du froid que la bouilloire d’eau chaude est probablement notre bien le plus précieux, et chacun reprend une fois, deux fois, trois fois du thé, voir juste de l’eau chaude. Notre première impression de râleurs chauvin est vite dépassée face aux pitreries d’Adrien et mon obsession pour le cuy, cochon d’inde qui se mange ici, rapidement partagée par l’ensemble du groupe. L’absurdité pour nous de manger une bestiole qui hurle «couilllle» quand on l’embroche, alliée à un brin de sadisme de groupe enthousiasme tout le monde!

quatrième jour - nuit

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«Guillermo, Adrian!»

deuxième jour - lac et glaciersComme tous les matins, Angel vient taper à notre tente pour nous réveiller, et comme tous les matins, on est déjà réveillés et entrain de ranger nos affaires. Nous l’avons bien fait rire le premier jours, en arrivant à l’heure du petit déjeuner avec tout plié, y compris la tente : c’est normalement à l’ariéro de plier la tente. Dès la sortie du sac de couchage il faut s’activer : le froid est bien présent à cette altitude, tout est gelé à l’extérieur. La rivière proche du camp à de jolie stalactites qui brillent doucement dans les premières lueurs de l’aube, et deuxième jour - oiseauxc’est couverts de la tête aux pieds que nous rejoignons la tente principale pour le petit déjeuner. Là encore tout n’est que façade quand on parle de nourriture : ce n’est que grâce à une sévère éducation à la russe que Golsum utilise un couteau pour la confiture au lieu de sauvagement verser l’intégralité du pot sur son pain. Et ce n’est que dans le but de ne pas ternir notre image que nous faisons de même! Mais les réserves semblent illimitées et c’est dans la bonne humeur que chacun se goinfre le maximum dans le temps impartis, avant qu’arrive l’heure du départ, à laquelle chacun prend son sac et se met en route pour l’aventure.

septième jour - sur la route

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troisième jour - deuxième col, vueLa marche est vraiment très agréable. Le temps est frais, ici, ce qui permet d’avoir un bon rythme sans surchauffer, malgré un ciel d’un bleu incomparable, qu’agrémentent de temps en temps de petits bouts de nuages visiblement égarés, esseulés loin du troupeau. Le groupe est dynamique et on marche vite, ce qui en plus donne un peu de piment à la chose, tout en nous permettant de petits extras : à arriver plus tôt en haut des cols, on peut se permettre de grimper les sommets adjacents et contempler le paysage depuis nos troisième jour - deuxième col, vue-2promontoires grandioses. Assis seul sur un pic rocheux à près de 5000 mètres d’altitude, je prend un bain de soleil, dans un silence même pas troublé par une minuscule brise fraîche. En contrebas deux vigognes contournent une lagune azur dans une course insensée, pour le seul plaisir de courir. Derrière moi les immenses glaciers du Huayhuash, majestueux, terribles, dispensent un peu de fraîcheur dans la vallée en contrebas. C’est un moment suspendu, sur le fil de cette crête, entre une montée enivrante et une descente enthousiaste mais toujours un peu triste de ce qu’elle laisse derrière elle.

troisième jour - lagune

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D’une manière générale, lorsque l’on va marcher en montagne, la vue du campement après une journée de randonnée est toujours un bonheur. Mais quand en plus de ça le camp à déjà été préparé par quelqu’un d’autre, et ce juste au bord d’un lac de cristal bleuté dans lequel se reflètent de massifs glaciers ciselés par les éléments, le grandiose et l’euphorie renvoient rapidement le bonheur au rang de sentiment de seconde zone. L’enthousiasme est tel que chacun va se mettre à l’eau pour faire un brin de toilette, qu’ils soient frileux ou non. La baignade n’est jamais bien longue, on parle quand même de lacs glaciaires, mais bien revigorante!

septième jour - campement

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Arrivés tôt au camp, nous n’avons pas grand chose à faire pour passer l’après midi. Mais parfois pas grand chose est bien suffisant, lorsqu’un siège naturel dans la roche vous permet de lire tranquillement au soleil et à l’abri du vent, jusqu’à ce que le soleil disparaissent devant vos yeux distraits.

septième jour - campement-4

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troisième jour - nuit-2

S’il y a une chose à laquelle nous n’avions pas pensé, bien qu’elle soit maintenant évidente, c’est bien que les nuits seraient au moins aussi belles que les journées. Sans un seul nuage à l’horizon, à plus de 4200 mètres d’altitude et à des heures et des heures de la plus proche minuscule bourgade, la voie lactée déploie au dessus de nos têtes son large bras étoilé. Je suis perdu ici, ne connaissant pas les constellations de l’hémisphère sud, mais pour tout vous dire, je m’en fou. Complètement.

troisième jour - nuit-3

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troisième jour - ganaderias-2Et merde… J’ai encore foutu notre ariero par terre… C’est qu’en tant qu’ancien rugbyman, je joue peut être au football avec un tout petit peu trop d’entrain… En même temps, la motivation est la seule chose qui nous fait tenir, avec Adrien et Alex, car à cette altitude le moindre sprint vous coûte un poumon. Et quand en plus vous êtes nul au foot, ça demande encore plus d’efforts (absolument vains, mais passons). Le terrain est tout petit, mais c’est déjà bien assez! Nos guides sont encore tout frais comme des gardons et nous essayons tant bien que mal, entre deux embolies pulmonaires, de faire bonne figure. Au final nous servons de figurant dans le match que jouent entre eux nos guides et arieros. Pour nous remettre de tant d’efforts, et parce qu’il faut quand même se détendre, nous nous jetons tous dans les bains chauds, trois bassins d’eau naturellement très chaude. L’ambiance est bonne, même si les guides restent un peu entre eux, et nous entre nous… Bon rapidement je fais figure de fou, car je me sens un peu mal dans tant de chaleur et vais me jeter dans la rivière qui coure à côté pour me remettre les idées en place.

quatrième jours - bains chauds-4

Ce campement à tout de même un défaut : ses chiens. Alex s’est fait mordre ce soir, sous le genou, et les chiens sont complètement cinglés. Ils vont jusqu’à attaquer notre tente! Bon sans oser l’abîmer ni tenter vraiment de rentrer, mais l’inquiétude se lit dans nos yeux lorsque vient ce moment fatidique où dame nature nous rappelle nos obligations quotidiennes… Se retrouver attaqué par une meute de chiens fous dans cette situation de vulnérabilité disons… extrême ne nous paraît pas envisageable! La moindre expédition nocturne se fera donc à deux, le protagoniste principal faisant ce qu’il a à faire plus vite qu’il ne l’a jamais fait tandis que l’accompagnant, armé d’un bâton et de la lampe torche, le somme de faire plus vite encore. L’aventure prend parfois des formes bien inattendues!

sixième jour - la baignade d'Adrien

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cinquième jour - paso san antonio-4Pour le deuxième col de cette journée de marche, Angel ne se moque pas de nous. Trois heures pour le grimper, et il les faut bien. Le chemin monte à pic, d’abord le long d’une rivière, dans la caillasse, puis dans du gravier de plus en plus fin, de plus en plus noir, et de plus en plus abrupte. Un bon rythme là dedans est celui d’une tortue marine sur la plage : chaque pas est un effort que le sol s’attache à détruire. Pour chaque pas effectué la moitié part en glissade dans le gravier. les derniers mètres sont les plus durs, les plus pentus, mais le jeu cinquième jour - iddo sheeran paso san antonioen vaut la chandelle : le col de San Antonio est réellement incroyable. Nos regards plongent dans une vertigineuse vallée flanquée d’un glacier immense, sculpté sur la roche noire qui recueille en son sein deux lagunes turquoises, le tout sous un ciel d’un bleu puissant. Les montagnes alentours sont parées d’orange, d’ocre, de noir, de gris, de vert… C’est à couper le souffle. C’est devant cette merveille que nous mangeons un gros repas préparé par Angel, et nous nous offrons même le luxe d’une petite sieste sur place avant de redescendre. Adrien est bien calé dans un transat de pierre, tandis que nous montons avec Maria et Angel à l’assaut du pic à côté de nous, pour une vue à 360 degrés sur le grandiose qui nous entoure.

cinquième jour - Guillaume paso san antonio-4

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Ce soir, nous mangeons les truites qu’Angel a péché dans la rivière. Et elles sont vraiment bonnes! Trop petites pour mon appétit, qui a prit des proportions considérables durant ce trek, mais bonnes. Il a été les pêcher en cachette, on voulait tous le voir faire, vu qu’il prétendait les pêcher à la main…

troisième jour - repos

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Pour ce dernier jour, le soleil est revenu doucement nous dire au revoir, tandis que nous avançons, pensifs, sur l’énorme chemin qui nous ramène à la route où nous attend un bus. L’ambiance est étrange, chacun reprenant conscience qu’il va bientôt revenir à la vie réelle, tout en réalisant que le corps est d’un coup fatigué, las. En route pour Huaraz!

troisième jour - en route!

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